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Le trésor des Andes
 
 
POTOSI, Bolivie : Guide de voyage gratuit

Reportage de tourisme

"Le trésor des Andes"
Potosi, une ville minière atypique au sud de la Bolivie
Dans les plus hauts sommets des Andes bolivienne, la ville de Potosi a surgi brusquement pour atteindre l’apogée de la richesse avant de sombrer presque aussi brutalement dans l’abîme de la pauvreté. L’exploitation minière, toujours active depuis les Conquistadors, fait battre le cœur de cette ville architecturalement somptueuse mais humainement affligée de terribles cicatrices.

« C’est le Pérou ! » Cette célèbre expression européenne du  XVIème siècle signifie encore aujourd’hui : être parvenu au summum de la richesse, de l’assouvissement, du bonheur. Pour connaître son origine, c’est au sud de la Bolivie qu’il faut se rendre, dans la ville de Potosi.

LE BLEU LE PLUS BEAU DU MONDE

Ici à 4 000 mètres d’altitude, on ne trouve pas la moindre opulence. Les habitants de Potosi ne sont pas plus pourvus de richesse ou de bonheur qu’une ville du quart monde où la pauvreté semble être une plaie inguérissable. Le froid sec des Andes boliviennes pince les joues. Au delà de la misère humaine, la beauté du lieu envoûte. Les quelques touristes ayant osé braver les hautes montagnes et le froid ne sont pas déçus.  « Le ciel possède le bleu le plus beau du monde » dit-on ici. Il est vrai qu’il n’y pas la moindre traînée de nuage dans ce ciel magnifiquement azuré et limpide. Les montagnes d’alentour reflètent des ocres brun et rouge, contrastant magnifiquement avec la couleur du ciel. A cette altitude, l’on est plus près du soleil ! Les rayons sournois de l’astre tombent tel le fil à plomb : à la verticale. Sans les mailles d’un filet nuageux pour les arrêter, ils brûlent rapidement les voyageurs égarés.

VICE-ROYAUME DU PEROU

Nous sommes au 16ème siècle, la Bolivie n’existe pas encore. Les espagnols ce sont désormais ancrés dans le nouveau monde. Ils découpent, organisent, administrent ces immenses espaces à l’image de la péninsule ibérique. On parle alors de Vice-royaume du Pérou, définissant une zone administrative à laquelle appartiennent le Pérou, la Bolivie, une partie du Chili et de l’Equateur d’aujourd’hui. Fondée en 1546, c'est-à-dire dès le début de la conquête, Potosi prends rapidement des airs de mégalopole. En 1572, le vice-roi du Pérou : Francisco de Toledo, donne l’ordre de construire une nouvelle ville. Le chiffre de 150 000 habitants est atteint en 1611. C’est alors la plus grande ville du monde.

DE ROMANTIQUES RUELLES ETROITES


Déambuler aujourd’hui dans les rues de Potosi, c’est véritablement voyager dans une ville espagnole du XVIème. L’architecture baroque est resplendissante. De romantiques ruelles étroites et pavées, où fleurissent de nombreux balcons typiques, en bois finement sculpté. « Les ruelles sont si étroites qu’il est possible se donner la main d’un balcon à l’autre » dit on. Les toits sont couverts de tuiles en terre cuite. Depuis les façades éclatent de multiples couleurs vives : rouge, bleu turquoise, jaune d’or, vert émeraude,… On ne compte plus les églises tellement elles sont nombreuses, il y en a presque à chaque coin de rue : la Tour de la Compagnie de Jésus, l’église de San Lorenzo, la cathédrale, l’église San Francisco, l’église Saint Benoit, l’église Saint Augustin, Santo Domingo... Elles enchaînent colonnades, coupoles, peintures, clochers…

RESISTER AU METISSAGE ETHNIQUE

Déclaré Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’UNESCO, la ville de Potosi est restée quasiment intacte depuis sa fondation. Intacte à la fois par son architecture coloniale mais aussi par la culture des communautés amérindiennes présentes. Comme partout dans les hauteurs des Andes, les populations semblent résister au métissage ethnique. Une homogénéité des traits des visages est ici présente plus que nul part ailleurs, les faciès sont cuivrés, ronds, authentiques. Les joues des enfants, comme congestionnées par le sang, révèlent un rouge cramoisi. Sans même prononcer un mot tous ces visages parlent, traduisent des traditions, la dureté de la vie. Les femmes sont vêtues de longs jupons pour se protéger du froid, elles peuvent parfois en superposer jusqu’à six pour résister aux températures souvent négatives. Coiffées d’un chapeau melon, les cheveux tressés et longs jusqu’au bas du dos, elles transportent à l’intérieur d’une manta (tissu multicolore traditionnel servant au transport) les quelques produits à vendre le long des trottoirs ou au marché.

UN TRESOR COLOSSAL

Mais les Conquistadors n’établissent pas des villes par altruisme pour satisfaire la population locale. Derrière se cachent toujours d’ambitieux intérêts économiques ou stratégiques.

En 1545, Potosi n’est pas encore une cité, Diego Huallpa, autochtone amérindien découvre accidentellement une veine d’argent dans l’une des collines de cet ancien site minier Inca : c’est la fracture. La mine se révèle être un trésor colossal. Rapidement et sans scrupule les Conquistadors s’approprient le lieu. Ils rétablissent la mita, servitude obligatoire héritée de la culture Inca autrefois au bénéfice de la communauté. A contrario, elle est ici employée au service d’une minorité et tourne à l’esclavage pour le seul enrichissement de la noblesse. L’argent extrait de la mine coule à flot. Des années d’exploitations minières enrichissent la couronne d’Espagne et appauvrissent le nouveau monde. C’est ainsi que naît l’expression : « Vale un Potosi » (« Vaut un Potosi » en espagnol) en référence au trésor minier découvert. Le « Vale un Potosi » devient « C’est le Pérou ! », synonyme de richesse dans la langue française.
 
HUIT MILLIONS DE MORTS

Aujourd’hui plus personne ne veut travailler dans les couloirs mortels de la mine. Depuis plus de 400 ans, elle a fait huit millions de morts. Son surnom en dit long : « La montagne qui mange les hommes vivants ». Cependant, la mine est pour un grand nombre, la seule opportunité d’emploi, près de 4000 mineurs y travaillent encore dont plusieurs centaines d’enfants.
Tous les jours, ils s’engouffrent dans les galeries aux profonds abîmes du Cerro Rico (littéralement : riche colline) la montagne d’où l’on extrait le minerai. L’argent s’y fait rare. On y extrait encore de la façon la plus archaïque le zinc et le plomb.

Par d’étroites galeries étayées de bois, accessibles pour certaines uniquement en rampant, l’on pénètre dans les entrailles du diable, parfois à plus de 500 mètres de profondeur. Après avoir franchi l’entrée un rituel s’impose : l’offrande au Tio, le dieu de la mine. Quelques feuilles de coca et un peu d’alcool lui quémandent la protection des mineurs et un travail prospère. Ici pas d’engin mécanique de perforation, c’est à la barre à mine et à la dynamite que l’on taille la roche à une température ambiante de 40 degrés. Pour couper la faim et stimuler l’effort physique, les mineurs chiquent des feuilles de coca. Plus tard, de fortes explosions résonnent et une épaisse fumée chargée de poussière remonte par les tunnels rendant l’air irrespirable. Puis des wagonnets poussés par des hommes arc-boutés et usés, transportent à la surface les morceaux de roche. Si les mineurs échappent aux effondrements, c’est la silicose qui les perdra.

A l’extérieur, un vieux compresseur souffle l’oxygène au plus profond des entrailles de la terre. Le long du chemin qui mène à la mine, quelques commerces vendent l’indispensable au travail des mineurs : les feuilles de coca et des bouteilles d’alcool pour lutter contre l’altitude et ce travail inhumain. Des bâtons de dynamite - en vente libre – y sont aussi disponibles pour quelques bolivianos (monnaie bolivienne).
Pour survivre commercialement, les mineurs se sont regroupés sous des coopératives. Sans salaire, ils partagent les maigres bénéfices de l’extraction, s’il y en a, pour un revenu inférieur à 100 euros par mois.

LA VIRGEN DEL CERRO

Avec la plus grande humilité et pour quelques euros, les touristes ont la possibilité de visiter la mine. Quelques agences du centre ville proposent les services d’un guide et l’équipement nécessaire (lampe et vêtement de protection). Au cœur de la montagne, au détour d’une galerie, une salle aménagée retrace l’histoire de ce fléau humain. Mais avant d’y pénétrer, il faudra faire quelques cadeaux aux mineurs (feuille de coca, dynamite,…) un droit de passage en quelque sorte.

On ne peut venir à Potosi, sans saluer la « Virgen del Cerro » (La vierge de la colline). Cette peinture du 18ème à l’auteur anonyme est une synthèse émouvante de l’histoire de la région. C’est à la Casa de la Moneda (maison de la monnaie) qu’elle est exposée. La maison de la monnaie fût le coffre-fort de l’argent extrait de la mine, on y a produit des milliers de pièces de monnaie. Avec ses cinq cours intérieures et ses deux étages, le bâtiment bardé de grilles inviolables est maintenant converti en musée. En parcourant les nombreuses salles, on découvre l’ensemble du processus de fabrication de la monnaie au travers des siècles : les fours, les laminoirs en bois actionnés par la force des chevaux situés dans une salle inférieure, les coffres pour le transport... Egalement une exposition de peintures coloniales, des textiles amérindiens,…

Les photos du reportage à Potosi :


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