"Envoûtements dans l’Altiplano" Un voyage au cœur des hauts plateaux boliviens Au sud-ouest de la Bolivie l’ancienne exploitation minière a laissé des vestiges inattendus. C’est aussi le lieu d’immenses étendues vierges, offrant des paysages d’une exceptionnelle beauté. Ces panoramas naturels vous transportent dans un monde enchanteur. Au départ de la ville d’Uyuni, des agences proposent des circuits de 3-4 jours pour voir ces splendeurs.
Elles sont toutes là, étendues au sol, vidées de leurs âmes, dépouillées de leurs biens par d’immenses vautours que l’on imagine aux becs d’acier. Les corps éventrés, les viscères déchiquetés et éparpillés à leurs pieds, elles ne sont aujourd’hui plus d’aucune utilité. Conduites et rassemblées dans ce cimetière à 4.000 m d’altitude pour lâcher leur dernier souffle, elles gisent désormais dans la tranquillité. Loin des yeux qui autrefois les admiraient, ces longues carcasses de locomotives et de wagons étaient il y a encore quelques dizaines années, pleines de vie. Avalant fièrement et sans le moindre essoufflement, les plus hauts sommets des Andes. Tirant derrière elles des milliers de tonnes de minerai, extrait des nombreuses mines de l’Altiplano. Partout elles répondaient aux appels. Traversant les terres, de Bolivie, de l’Argentine ou encore du Chili. Poussant régulièrement des sifflements stridents que l’on pouvait entendre à des kilomètres. Puis crachant une épaisse fumée anthracite, provenant des tonnes de charbons qu’on leur faisait avaler, elles déchaînaient une incroyable force pour mettre en branle cette masse énorme d’acier, chargée au raz des ridelles. Malgré ces temps achevés et leur état délabré, on peut sentir la gloire et la fierté qu’elles portent toujours en elles, en souvenirs d’une époque plus faste.
UNE VIE FANTOMATIQUE
Aujourd’hui, seul le silencieux vacarme assourdissant de ces énormes machines est présent. En visitant le cimetière des trains d’Uyuni au cœur de l’Altiplano bolivien, on ne peut rester indifférent à l’absence de ces vies éteintes comme par enchantement. Et puis, face à ce silence, il y a cette lumière éblouissante et ce ciel étincelant, la beauté de leurs forces réunies, redonne une vie fantomatique à ces carcasses géantes. Alors, oubliant la lourdeur de leur chair métallique, elles entament comme dans un rêve, une danse folle, virevoltante telle l’étoffe d’une robe légère prise au vent. Tandis que les voyageurs émerveillés, contemplent de leurs yeux écarquillés, ce spectacle grandiose.
UNE CURIEUSE SENSATION
A 2 km de là, peuplée d’environ 10.000 habitants, est située la ville d’Uyuni. Lorsqu’on la traverse à pied, une curieuse sensation est perceptible: celle de marcher dans une cité fantôme à l’instar de son cimetière de trains. Les rues, larges comme des avenues de grande capitale, paraissent être silencieuses. Les groupes de maisons, alignés au millimètre et tracés à la corde, dessinent des lignes symétriques si parfaites qu’il est facile d’être désorienté. Visiblement, ses fondateurs ont rêvés pour cette ville un destin brillant. Nous sommes ici dans les hauts plateaux Andins, oscillant à une moyenne de 4,500 mètres d’altitude, avec le Sajama culminant à 6542 m. Il y règne un froid polaire sec et un vent pouvant être glacial. Entourés de nombreux sommets, les lieux sont de toute beauté. Au milieu de nulle part, c’est par l’essor des mines de Huanchaca et le développement du réseau ferroviaire à la fin du 19ème siècle qu’Uyuni est construite en 1889 pour devenir un lieu d’interconnexion ferroviaire.
LA GUERRE DU PACIFIQUE
A l’indépendance, en 1825, le territoire de la Bolivie s’étendait alors jusqu’aux côtes de l’océan Pacifique et possédait avec le désert d’Atacama, un long front côtier de plusieurs centaines de kilomètres. L’exploitation de cette étendue, riche en ressources naturelles comme le nitrate de sodium ou le guano (excréments d’oiseaux marins riches en phosphates et azote) utilisés pour la fertilisation des terres agricoles, apportera l’une des premières lignes de chemin de fer, elle relie alors le port pacifique d’Antofagasta au Salar de Ascotan, plus à l’est de la province. Attirés pas ces ressources naturelles, les troupes chiliennes envahissent le port d’Antofagasta et déclenchent la guerre du Pacifique en 1879. Voilà la Bolivie et le Pérou engagés dans un conflit aussi rapide que douloureux face au Chili. Un an plus tard, la guerre achevée, le Pérou se voit privé des villes de Tacna et Arica, quant à la Bolivie, c’est le drame : elle perd l’ensemble de cette province et par conséquence son accès à la mer au profit du Chili.
Quelques années plus tard, Aniceto Arce, propriétaire des mines Huanchaca situées à quelques kilomètres d’Uyuni, devient président. Afin d’éviter la paralysie de la principale économie du pays, désormais enclavé, mais aussi afin de préserver la paix avec son voisin Chilien, il prend une décision d’importance. Il décide le prolongement de la voie ferrée depuis le Salar de Ascotan jusqu’à Uyuni, puis Oruro et la Paz, permettant de cette manière, l’exportation du travail minier, via le port d’Antofagasta, devenu propriété chilienne.
L’EXPLOITATION DU GAZ
Plus de 100 ans après, la cicatrice de la guerre du Pacifique ne s’est pas refermée. L’exploitation du gaz, devenu le plus grand espoir d’amélioration du faible niveau de vie des boliviens est aussi affectée par cette relation tendue avec leur voisin. Au point de préférer, malgré le coût largement supérieur, d’établir le tracé du gazoduc via le Pérou, pour l’accès à la côte pacifique et permettre l’exportation génératrice de devises étrangères.
EGALE A LA PATAGONIE
En quittant Uyuni, direction sud-ouest, on s’enfonce dans un incroyable environnement naturel au cœur de paysages contrastés d’une incroyable beauté, au moins égale à celle de la Patagonie. Plusieurs agences dans le centre de la ville proposent sur 4 ou 5 jours, un circuit en 4x4 au travers des principales splendeurs géographiques.
ENVOUTE PAR LE SPECTACLE
L’arrivée sur le Salar d’Uyuni est étonnante. Unique par sa taille: 12.000 km2, l’ensemble de sa superficie est couverte d’une croûte de sel blanche comme de la neige. La présence d’une fine pellicule d’eau provoque l’effet d’un immense miroir permettant au Salar de se confondre gracieusement avec le bleu du ciel. Il devient ainsi difficile de percevoir la ligne d’horizon. A nouveau, la magie de l’Altiplano opère, et l’on se sent une fois de plus envouté par le spectacle. Lequel se poursuit avec l’île Inkahuasi située au milieu du Salar, sa forme de poisson lui vaut le surnom d’Isla Pescado (l’île poisson). La particularité de celle-ci ne réside pas dans ce sobriquet, mais dans son exceptionnel écosystème : une forêt de cactus y réside depuis des milliers d’années, droits comme des poteaux de téléphone, avec des tailles passant les 12 mètres. En tendant l’oreille, on perçoit les murmures de ces géants chuchotant sur les curieux visiteurs quotidiens. Plus loin, posé sur cette étendue blanche de sel, un hôtel inattendu. Inoccupé, il est en parfaite adéquation avec son environnement : murs, tables, chaises, lits,… sont réalisés à partir de blocs de sel sculptés.
POUVOIRS FANTASTIQUES
Heure après heure au cours de ce voyage d’un autre monde, s’enchaîne avec frénésie, les montagnes féeriques, volcans majestueux, lagunes multicolores, sources thermales, curiosités naturelles, déserts arides, ….
Tout comme la Laguna Verde (lagune verte) à 4.350 m, on ne peut être qu’ensorcelé par ce décor une fois de plus surnaturel. Sa composition importante en magnésium donne à son eau une couleur émeraude. En arrière pour rajouter à la somptuosité de la scène, se dresse le volcan Licancabur et ses 5.916 m. Sa forme conique quasi parfaite, lui prête des pouvoirs fantastiques. C’est ici la Pampa : une végétation rare à l’herbe courte et clairsemée. Franchir la Lagune c’est pénétrer dans le nord du Chili, territoire bolivien il y 126 ans. Poursuivant sur une piste de sable et gagnant vers le ciel, un lieu étrange d’intense activité volcanique appelé le « Sol de Mañana » (le soleil du matin), semble être l’épicentre de toute cette magie. Devant les yeux la terre bouillonne et une quantité importante de geysers dégage au travers des fumerolles une forte odeur de souffre, tout comme d’innombrables minuscules cratères où une lave bouillonne d’impatience.
REVE IRREALISTE
Soudain un faisceau de lumière, comme pour indiquer une direction à suivre, perce les nuages et pointe une nouvelle lagune : la Laguna Colorada. Cette étendue d’eau réverbère avec le talent d’un peintre impressionniste, la somptuosité du paysage. Sous la découpe des montagnes, des couleurs cuivrées, ocres, sables,… se mêlent harmonieusement sur cette toile improvisée.
Plus tard la traversée d’une colonie de flamants roses, un arbre de pierre, d’autres lagunes insolites… s’ajouteront aux découvertes de cet itinéraire, et dans l’esprit des voyageurs, laisseront une empreinte indélébile : celle d’un magnifique rêve irréaliste mais pourtant vrai.
Les photos du reportage à Uyuni et dans l'Altiplano :