"Rencontres en Amazonie" Une aventure touristique dans la réserve nationale de Manu S’immerger au cœur de la forêt amazonienne relève du défi. Pouvoir y observer : caïmans, singes, oiseaux, tapirs,... parait utopique. Enfin, y rencontrer une communauté indigène appartient au rêve. Le Pérou développe un tourisme écologique de sensibilisation au cœur de la jungle dans la réserve nationale du parc de Manu.
Une végétation épaisse et luxuriante, omniprésente, que seuls les fleuves semblent pouvoir arrêter. Des arbres hauts et larges comme des immeubles, d’où, tombent des lianes suspendues dont on ne sait pas très bien comment. Une importante humidité et une forte chaleur ambiante, des cris stridents d’animaux invisibles venants de toute part, nous encerclent comme des proies à chasser. Plus aucun doute cette fois, nous sommes bien au cœur de la forêt vierge d’Amazonie, dans le Parc National de Manu au Pérou. La longue barque en bois, plane et étroite, portée en équilibre par un courant rapide et fort, descend le fleuve Madre de Dios. Glissant sur cette eau opaque et sableuse nous prenons la direction du village de Boca Manu avant de pénétrer dans la réserve de la biosphère, à l’accès contrôlé.
ETENDUES EPAISSES ET INFINIES DES FORETS
Auparavant, en survolant transversalement le Pérou, l’on distinguait nettement la diversité topographique du pays caractérisée par trois bandes de terres longitudinales. Une bande centrale : la Sierra. Cette imposante chaîne de montagnes de la cordillère des Andes couvre environ 30% de la superficie du territoire. Surgissant avec force des profondeurs de la terre, elle perce les nuages de ses cimes élevées. Le culminant Huascaran, appelé vers le ciel par une force invisible, en impose par sa rectitude du haut de ses 6768m.
La cordillère oppose sur ses flancs deux mondes : la Costa, à l’Ouest, zone côtière étroite caressée par l’océan Pacifique, a l’apparence d’une planète asséchée. C’est une zone aride et imparfaitement plane. A contrario, à l’Est, c’est l’exubérante végétation de l’immense jungle amazonienne au climat chaud et très humide : la Selva, couvre 60% du pays. Depuis le ciel, on observe l’écoulement de nombreuses rivières le long des parois escarpées des montagnes. Au cours de leur chemin, ces torrents d’eau deviennent de grands fleuves matures, en mesure de se frayer un chemin au travers des étendues épaisses et infinies des forêts de la jungle. Une majorité de ces fleuves rejoint le grand seigneur du continent : le noble fleuve Amazone, après des milliers de kilomètres, se jette de l’autre côté du continent, dans l’océan Atlantique.
L’une des plus grandes diversités biologiques
Découvrir la jungle amazonienne peut paraître un rêve inaccessible. Depuis peu, le Pérou développe un tourisme écologique au sein du Parc National de Manu, sensibilisant le voyageur et l’aidant à mieux comprendre l’importance de cette biosphère. D’avril à septembre, des départs ont lieu toutes les semaines depuis la haute capital Inca de Cusco située à proximité du parc de Manu. Manu, possède l’une des plus grandes diversités biologiques de l’Amazonie. Abritant 15 000 espèces de plantes à fleurs, 1 000 espèces d'oiseaux et plus de 200 espèces de mammifères.
Après avoir quitté le village de Boca Manu, moteur à plein régime, c’est la lutte à contre courant pour remonter le fleuve Manu. La proue de la barque pourfend la puissance de l’eau. Une légère brise crée par ce déplacement, rafraîchit les visages étouffés par la chaleur et l’humidité si pesantes. Une halte au poste de contrôle de Limonal donnera un instant de répit à l’embarcation. C’est qu’il faut signaler sa présence aux gardes forestiers et montrer le permis de l’agence, obligatoire pour entrer dans la réserve de la biosphère du parc national.
TROIS ECOSYSTEMES
En 1973, un décret national défini le parc comme zone protégée et en 1987, l’UNESCO le reconnaît comme Patrimoine Mondial de l'Humanité. Pour y pénétrer, nous avons dû traverser trois écosystèmes parfaitement identifiables : la Puna, en altitude, a l’atmosphère froide et sèche, où la végétation est similaire à la toundra. Puis, plus bas, la forêt pluvieuse avec ses nuages et ses pluies permanentes : Le ciel couvert la rend mystérieuse et sombre. Et enfin, la forêt tropicale appelée aussi équatoriale, dense et impénétrable, dans laquelle nous évoluons maintenant, milieu de vie du caïman noir géant, de différentes espèces de singes et de milliers d’oiseaux.
Le parc naturel de Manu est divisé en trois zones : la zone culturelle, 5% du parc, d’accès libre, elle possède les seules constructions humaines. Il y a ensuite la zone autorisée de la réserve, couvrant 15% de la superficie, l’accès y est contrôlé. C’est une aire ouverte aux scientifiques et à un tourisme limité. Peu connu, c'est un lieu exceptionnel pour la découverte de la faune et de la flore amazonienne car les animaux sont particulièrement abondants et peu farouches. Seulement une minorité d’agences agrées ont accès à cette zone. Pour être autorisées, ces agences privées, ont l’obligation de participer à des programmes de conservation et de développement de la biosphère. Et enfin la zone interdite de la réserve, 80% du parc. Préservée dans son état originel, il est défendu à toute personne d’y pénétrer.
Machette à la main
Marcher au milieu de la dense végétation de la jungle n’est pas chose facile, sans outil d’orientation ou connaissance précise des lieux, c’est se perdre assurément. Aucun point de repère, dans une végétation ou deux couleurs dominent et se confondent : le vert et le brun. Le guide naturaliste, machette à la main, retrace la voie d’un sentier mal défini. En forêt équatoriale, c’est toujours verdoyant, tous les arbres ne perdent pas leurs feuilles en même temps. Il fait sombre, les rayons du soleil traversent difficilement l’épais feuillage des arbres immenses, atteignant parfois les 50 mètres de haut. La profusion de lianes ou de tout autre épiphyte (parasite végétal poussant sur d’autres végétaux) assombrissent davantage cet environnement fascinant et angoissant.
Des troncs lisses et longilignes sont renforcés à leur base tel des châteaux médiévaux, par d’incroyables contreforts naturels. Des plantes apparemment bénignes, cachent leurs propriétés médicinales. Des racines d’arbres courant à la surface, servent aussi de « voies romaines » pour des fourmis de la longueur d’un pouce. Là, un papillon se pose, ses ailes, tel les vitraux des cathédrales, contraste avec les déclinaisons de verts. A croire que le génie inventif de l’homme n’est rien de plus qu’un gigantesque pastiche de la nature.
Un boa constrictor, les yeux des caïmans…
C’est ici le sanctuaire de nombreuses espèces animales, source d’un bruit ambiant incessant. Du haut d’une tour de vingt mètres au bord du lac Cocha Otorongo, nous admirons avec compassion des familles de loutres géantes, ayant échappées de peu à l’extinction.
Un catamaran aménagé sur deux pirogues, nous naviguons plusieurs heures sur le lac Cocha Salvador. Silencieux, à l’aide de pagaies, l’esquif longe les rives à l’affut des hôtes du lieu : les yeux des caïmans effleurant la surface de l’eau, l’étrange Hoatzins, oiseau a l’allure préhistorique se dressant sur les branches, tout comme les perroquets multicolores, les singes araignées suspendus aux cimes des arbres, un puma venu se désaltérer, un boa constrictor traversant l’étendue d’eau,…
A la tombée du jour, la vie se poursuit. La nuit, les cris stridents des singes hurleurs et d’une multitude d’insectes percent l’obscurité. Une marche nocturne d’observation du tapir, permettra de trouver le sommeil plus facilement sous un toit de palmes, à l’abri derrière une moustiquaire.
Les souffrances des Machiguengas
A sein de cet environnement, des hommes ont réussi une intégration en parfaite adéquation avec la biosphère : les peuples indigènes d’Amazonie. Remontant davantage le fleuve Manu, nous parvenons aux limites autorisées de la réserve, c’est à cet endroit que nous accueille la communauté Machiguenga. Depuis la mise en place du parc de Manu, les communautés Machiguenga de Tayakoma et Yomybato, ont fait part de leur désir d’établir un lien de communication leur permettant d’améliorer quelque peu leur qualité de vie. Ils ont choisi indépendamment de leur lieu de résidence, d’installer une auberge pour recevoir le tourisme. Ils souhaitent apporter leur vision du monde et leur contact très étroit avec la nature. Ce projet altérant peu leur culture, répond à l’objectif du parc de Manu, faire connaître la richesse de cette biosphère exceptionnelle et la préserver d’une exploitation dévastatrice.
Les souffrances des Machiguengas paraissent être effacées. A la fin du 19ème siècle, l’invasion des producteurs de caoutchouc, puis l’exploitation du bois, de l’or,… les ont conduits à l’esclavage. Aujourd’hui, la subsistance des Machiguengas semble être assurée, d’une part grâce aux activités de chasse, de pêche, et d’autre part avec la culture du yuca, de bananiers, du maïs, du café. A moins que l’exploitation pétrolière vienne un jour dévaster leur milieu de vie pour assouvir une consommation mondiale vorace.
Les photos du reportage sur l'amazonie :
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