"Napoléon prépare l’invasion de l’Angleterre"
Tous les ans pendant l’été, à Boulogne-sur-Mer dans le nord de la France, se déroule une reconstitution historique des Camps de Boulogne : le projet d’invasion de l’Angleterre par Napoléon. Des passionnés venus de toute l’Europe endossent l’uniforme des armées du Premier Empire et remettent en scène : batailles, bivouacs, défilés… pour la joie des nombreux spectateurs.
Dans les deux camps, les canons tonnent dans un bruit assourdissant. A chaque tir, la violence de l’explosion fait reculer l’affût de ces colossales pièces d’artillerie. Les violentes déflagrations qui s’en suivent font vibrer le corps de la tête aux pieds. Rapidement une épaisse fumée blanche et une forte odeur de poudre se répandent sur tout le champ de bataille. Puis une légère brise de mer disperse cette aveuglante fumée, faisant apparaitre d’une part les artilleurs des troupes autrichiennes et anglaises, et d’autre part la Grande Armée française de Napoléon.
NAPOLEON OBSERVE
Baïonnette fixée au fusil, les tirs des fantassins prennent le relais des artilleurs et s’avancent l’un vers l’autre, tandis qu’une musique militaire donne la cadence aux combattants. De part et d’autre, déjà les premiers hommes s’effondrent. Des femmes courent en tous sens portant assistance aux victimes étendues sur ce tapis d’herbe verte. En arrière, juché sur une butte et protégé par ses Grognards, Napoléon observe le déroulement de la bataille. A ses cotés, Joséphine et le Maréchal Masséna, inquiets, ne disent mot. Pour cette fois, ils laisseront la victoire à la coalition qui leur fait face.
C’est à ce moment que la foule de spectateurs émerveillés par la mise en scène, applaudit cette reconstitution historique d’une bataille sous le 1er Empire français. Depuis 17 ans, L’ANB (Association Napoléonienne de Boulogne-sur-Mer) ravive chaque année, l’espace d’un week-end d’été, le souvenir des célèbres « Camps de Boulogne » dans le nord de la France, face aux côtes anglaises.
TENUES ET MATERIELS D’EPOQUE
Michel Lamesh, président de l’ANB, insiste : « il s’agit d’une reconstitution, pas d’un folklore local, nous respectons dans les moindres détails et avec exactitude, les tenues et matériels d’époque : Les uniformes, fusils, canons, mouvements de troupes, établissement du bivouac… jusqu'à l’espace réglementaire entre les tentes ». Pour les années à venir, les projets ne lui manquent pas : « nous préparons un festival de musique, et en 2007 une bataille avec 2.000 participants pour l’attaque de la ferme de Honvault à Wimereux. En 2011, à nouveau des manifestations sous l’appellation Camp de Boulogne ».
LE PROJET D’INVASION DE L’ANGLETERRE
Il y a près de 200 ans, durant la guerre avec l’Angleterre de 1793 à 1815, Napoléon effectue une inspection du littoral boulonnais. En apercevant les côtes ennemies outre Manche, depuis le cap Gris-Nez, il dit alors : « La Manche est un fossé qui sera franchi lorsqu’on aura l’audace de le tenter ». Après la rupture de la paix d’Amiens, le grand projet d’invasion de l’Angleterre prend place alors en ces lieux par l’établissement des camps. De 1803 à 1805, le site devient un gigantesque chantier de constructions militaires.
« LA COTE DE FER »
D’immenses travaux sont entrepris, il faut réaménager le port de Boulogne pour recevoir plus de 2.000 bateaux, de nouveaux bassins et un chenal sont creusés, les cours d’eaux canalisés.
Quand la météo le permet, de nombreuses canonnières forment une ligne d’embossage en face du port. Par cette première ligne de défense, elles protègent le port et sa flottille de la destruction par les anglais depuis la mer, voire d’un éventuel débarquement. Une deuxième ligne de défense est constituée par la réparation d’anciens forts comme ceux de Croï et d’Ambleteuse ainsi que la construction de nouveaux : le fort de l’Heurt, le fort de la Crèche, le fort en bois et le fort Napoléon. Le total de cette puissance défensive, équipée de nombreux canons, prend le nom de « côte de fer ». D’autres ports sont aussi construits à Ambleteuse, Etaples et Wimereux.
JUSQU’A 200.000 HOMMES
Le 7 août 1803, l’Amiral Bruix prend le commandement de la flottille nationale. Dès lors, dans tous les ports côtiers mais aussi intérieurs, des bateaux de toutes tailles et tout usage sont construits puis acheminés sous forme de convoi, soit par la mer, soit par les fleuves dans les différents ports autour de la ville. Jusqu'à 200.000 hommes sont rassemblés, relançant une activité économique importante pour toute la région. Les premiers jours, les soldats vivent en bivouac sous les tentes, mais très rapidement ils ont ordre de bâtir des baraques en bois et torchis dans différents camps disséminer à Boulogne et aux environs : Etaples, Pont de Briques, Calais, Dunkerque, Bruges,…etc.
Aujourd’hui ce sont des figurants venus de toute l’Europe, mais avant tout des passionnés, fascinés par la grandeur et l’histoire de Napoléon qui endossent l’uniforme. Ils sont souvent regroupés au sein d’associations. Cette fois, ils sont : Hollandais, Français, Belges, Anglais, et Tchèques. Pour un âge allant de 14 à 86 ans, hommes et femmes, filles et garçons.
« JE SUIS PREMIER CAPORAL TAMBOUR »
Marjorie, 28 ans, vient de Waterloo en Belgique. Elle participe depuis l’âge de 16 ans à des reconstitutions historiques napoléoniennes. « Quand on a commencé, on ne peut plus s’en passer » dit-elle. La passion lui est venue lors d’un défilé commémoratif dans sa ville. « Je suis premier caporal tambour du 1er régiment de la Grande Armée Impériale », elle porte la tenue d’un soldat, car il n’y avait pas de femme dans l’armée mis à part les vivandières (cantinières) ou blanchisseuses. « Cela m’a permis de voyager dans des endroits comme St Peters bourg, l’Italie, la Corse, l’Angleterre, la France ». En plus des journées de reconstitutions, cela lui prend beaucoup de temps : « Tous les mardis de l’année, nous répétons avec la fanfare, pour les prochaines manifestations ». « Le rôle des tambours est de donner la cadence aux troupes et de faire passer des ordres aux combattants. Nous sommes les premiers fauchés par les tirs adverses » précise-t-elle.
UN MATELAS DE PAILLE
Durant deux jours, ces passionnés vont vivre comme ces soldats du Premier Empire. Ils dormiront dans un bivouac aménagé, sur un matelas de paille comme il y a 200 ans, sous des tentes reproduites et alignées, conformément à celles de la Grande Armée. Et le soir, une veillée autour des feux de camp laissera d’ineffaçables souvenirs à tous ces participants, en tout premier lieu, le souvenir d’un voyage dans le passé.
D’une année à l’autre et aussi pour le plaisir du publique, l’ANB fait évoluer les troupes, batailles, défilés, ou encore les ennemis, le nombre de canons, les bivouacs,…
LA REMISE DES AIGLES
Il peut arriver aussi qu’il y ait une remise fictive de médailles aux soldats, en mémoire de la cérémonie de remise de la Légion d’Honneur sur le site de Terlincthun, le 16 août 1804. Pour cet événement, l’Empereur s’est déplacé en personne. Il préside pendant 7 heures, la remise des Aigles, à 5 mètres du sol, depuis une estrade, au centre d’une armée de 100.000 hommes disposée en arc sur un vallon naturel. Pendant que les musiques régimentaires enchaînent roulements de tambours, symphonies, chants… les cloches de la ville sonnent et les salves de l’artillerie résonnent. L’ensemble est grandiose. Pour rendre hommage à cette fête exceptionnelle, les militaires décident de bâtir un monument : la Colonne de la Grande Armée, haute de 50 mètres est érigée, avec à sa tête la statue de l’Empereur.
En 1805, après l’échec de la terrible bataille de Trafalgar, ne pouvant se rendre maître des mers, le projet est suspendu par l’Empereur. C’est le départ de la Grande Armée de Boulogne pour la grande victoire d'Austerlitz. Il n’y aura pas d’invasion de l’Angleterre.
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